Histoires de mots - 1 février 2024 - 2 min

Autour du cou

Pour plaire à l’être aimé, on revêt volontiers sa plus élégante parure. Parmi les accessoires qui font belle impression, on trouve ceux qui se passent autour du cou, soit la cravate, la lavallière et l’ascot. Une histoire tout aussi élégante nous attend sous ces trois mots. Elle nous fera passer par plusieurs langues, comme le serbo-croate, l’allemand, le latin, l’anglais et l’anglo-saxon.

cravate

La cravate a été popularisée en France au XVIIe siècle, plus précisément durant la guerre de Trente Ans (1618–1648), lorsque Louis XIII recruta des régiments de mercenaires croates, appelés Cravates. Cravate (ou Crabate) était simplement une variante de Croate. Celui-ci provient de l’allemand standard Kroate, alors que Cravate avait été emprunté à l’allemand autrichien dialectal Kråwåt. Tous ces termes et leurs variantes, qui provenaient du nom serbo-croate Hrvat ‘Croate’, se rapportaient justement à une personne originaire de Croatie. Les mercenaires croates portaient alors une bande d’étoffe entourant le cou, se nouant par-devant et dont les deux bouts pendaient sur la poitrine. On appela brièvement cette bande d’étoffe collet à la cravate, signifiant ‘collet comme le font les Croates’, avant que sa forme elliptique cravate soit adoptée.

Après avoir fait partie du costume du mercenaire croate, la cravate fut adoptée par l’élite française au détriment de la fraise, une sorte de collerette empesée et froncée. Elle se déclina par la suite en plusieurs variétés de formes, comme la cravate Lavallière, avant de se fixer dans sa forme moderne au début du XXe siècle.

lavallière

La lavallière est une cravate large nouée autour du cou pour former à la fois deux coques tombantes et deux rubans libres. À cause de leur grande similitude, on confond parfois la lavallière avec l’ascot. Le nom provient de la favorite de Louis XIV, Françoise-Louise de La Baume Le Blanc, duchesse de La Vallière et de Vaujours (1644–1710), qui avait l’habitude de se parer de cet ornement, d’après certains tableaux la représentant. On ne commencera cependant à utiliser les expressions cravate lavallière (aujourd’hui, vieillie) ou bien, simplement, lavallière qu’à partir du dernier quart du XIXe siècle.

En vogue à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, la cravate lavallière connait de nos jours un certain regain. L’anglais a par ailleurs emprunté son appellation sous la forme lavalier(e) pour désigner le micro-cravate, ce microphone miniature fixé à un revers ou à une cravate lors d’une émission. Le français l’a réempruntée à son tour pour la locution microphone lavallière, reconnue par l’Office québécois de la langue française.

Pour l’histoire, le titre de duchesse de La Vallière avait été conféré par Louis XIV à sa favorite en 1667. Il faisait référence au château de La Vallière (à Reugny, en Indre-et-Loire), où elle avait passé une partie de son enfance. Lavallière remonte au latin Valeria, qui était utilisé comme nom de femme ou de localité. Ce nom propre, forme féminine de Valerius, est lié au verbe valere, signifiant ‘avoir de la valeur, être puissant’.

ascot

Contrairement à la cravate, la lavallière et l’ascot présentent deux extrémités symétriques. Entre lavallière et ascot, la différence est plus subtile ; elle concerne en fait la bande du tour de cou. Alors que celle de la première est fine, celle de la seconde est plus large et présente trois plis. Précédé par diverses variétés de cravates, le véritable ascot a été vu pour la première fois en 1880 au cou du prince de Galles, futur roi britannique Édouard VII, alors qu’il assistait à la célèbre course de chevaux Ascot Gold Cup ‘Coupe d’or d’Ascot’, d’où son nom. Cet évènement se déroulait dans les environs du petit village anglais d’Ascot, situé dans le comté du Berkshire (à l’ouest de Londres). Séduits par l’ascot du prince, les élégants en firent un élément indispensable de leur costume à partir de la fin du XIXe siècle jusqu’au début du XXe siècle. Il n’est aujourd’hui porté qu’exceptionnellement.

L’anglais a d’abord appelé cet accessoire de mode ascot tie au début du XXe siècle. De nos jours, il est plutôt appelé (daycravat en Angleterre et ascot aux États-Unis. C’est cette dernière appellation qui est passée en français.

Le nom du village se décompose en anglo-saxon en ēast ‘est’ et cot ‘chaumière, hutte’ ; il signifie donc littéralement ‘chaumière située à l’est’. Ce cot est d’ailleurs apparenté à cottage ‘petite maison de campagne’.

Cet article a été concocté par
les linguistes d’Antidote

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