Points de langue - 6 septembre 2021 - 4 min

Pour s’y retrouver avec recouvrer

Le verbe recouvrer possède avec les verbes récupérer, retrouver et recouvrir certains liens de ressemblance formelle ou sémantique qui occasionnent des difficultés d’emploi. Passons-les en revue.

recouvrer et récupérer

Un peu d’étymologie pour commencer. Bien qu’ils aient un aspect assez différent, les deux verbes recouvrer et récupérer descendent du même ancêtre, le verbe latin recuperare, qui signifiait « rentrer en possession de » et, au figuré, « regagner, ramener à soi ».

Le passage phonétique et graphique de la forme recuperare à recouvrer s’est fait naturellement et progressivement au fil des siècles. Le mot a pris différentes valeurs sémantiques en ancien français, mais les sens qui ont survécu aujourd’hui demeurent proches de ceux de l’étymon recuperare.

Dans des contextes où il est question d’argent, recouvrer signifie « recevoir le paiement de (une somme due) » :

Recouvrer une créance.
La propriétaire a recouvré le loyer dû.

Il s’emploie spécialement dans le contexte fiscal au sens de « pervevoir » :

Recouvrer l’impôt.

Dans un sens plus général, et dans un registre aujourd’hui plutôt soutenu, il est utilisé au sens concret de « rentrer en possession de » :

La victime du vol a pu recouvrer son bien.

De même avec des compléments plus abstraits évoquant un état, une condition, un statut :

Recouvrer sa liberté, son indépendance, sa splendeur.
Le prisonnier politique libéré a recouvré tous ses droits.

Il s’emploie notamment avec des compléments faisant référence à des facultés physiques ou mentales dont on avait été privé :

Recouvrer la vue, la parole, l’usage d’un membre.
Recouvrer ses forces, la santé.
Recouvrer son calme, la raison.

Quant à son parent étymologique récupérer, il est apparu à la fin du Moyen Âge, par emprunt direct au latin recuperare, et est longtemps resté relativement rare, pour finalement se répandre au xxe siècle.

Il partage avec recouvrer le sens « rentrer en possession de » :

Récupérer une créance.
La victime du vol a pu récupérer son bien.
Récupérer un document prêté.

Les deux verbes peuvent être ici considérés comme synonymes. Récupérer, devenu courant, est d’un registre moins recherché.

Il s’emploie de même avec certains mots désignant des facultés physiques ou mentales.

Récupérer ses forces.

Dans ce dernier sens, récupérer est souvent employé intransitivement :

L’athlète a fait une pause pour récupérer.

Dans cette paire de mots de même étymologie, appelés doublets, le verbe recouvrer constitue le doublet dit populaire (ayant suivi une évolution naturelle et progressive) et récupérer constitue le doublet dit savant (emprunté tardivement à la langue mère, sans modification de forme importante). Ces qualificatifs ne doivent toutefois pas être confondus avec le niveau de langue actuel de ces mots, puisqu’on a vu que, de nos jours, c’est récupérer qui est d’un registre plus « populaire » que recouvrer.

Récupérer a par ailleurs développé plusieurs autres sens qui lui sont propres. Voir le dictionnaire de définitions d’Antidote pour les détails.

recouvrer et retrouver

Retrouver est un autre verbe polysémique dont certains sens se rapprochent de ceux de recouvrer. Bien que les deux verbes arborent une certaine ressemblance de forme, ils n’ont aucun lien étymologique. Retrouver dérive de trouver, issu du latin populaire tropare (« inventer un texte imagé »), mot qu’on peut lui-même faire remonter au grec ancien tropos (« changement »).

Un sens courant et ancien de retrouver est celui de « trouver de nouveau (ce qu’on avait égaré, perdu, oublié) » :

J’ai retrouvé mes clés : elles étaient dans la poche de l’autre pantalon.

Ce sens se rapproche du sens « rentrer en possession » de recouvrer tout en lui étant en principe distinct. Quelques ouvrages de référence mentionnent ainsi qu’égarer momentanément quelque chose ne signifie pas exactement en perdre la possession et qu’il faudrait théoriquement respecter la distinction :

Elle a recouvré le document qu’on lui avait volé.
Elle a retrouvé le document qu’elle avait égaré.

En pratique, par attraction formelle et sémantique, il n’est pas rare que le verbe retrouver soit de nos jours employé même dans le premier cas :

Elle a retrouvé le document qu’on lui avait volé.

Encore plus fréquemment et depuis bien longtemps, retrouver s’emploie tout comme recouvrer avec des cooccurrents désignant un état, une condition ou faisant référence aux facultés mentales et physiques :

Retrouver sa liberté, son indépendance.
Retrouver la vue, la santé, la raison.

Retrouver s’est ainsi répandu dans ces emplois synonymes de recouvrer et c’est sans réserve qu’on peut l’employer. Par ailleurs, rien n’empêche de continuer à lui préférer recouvrer dans une langue plus surveillée. Sur cette question de vocabulaire, le rédacteur incertain peut donc recouvrer ou retrouver sa sérénité.

recouvrer et recouvrir

La relative désaffection de l’usage courant pour recouvrer au profit de récupérer ou retrouver s’explique sans doute en partie par le fait que ces deux derniers verbes sont plus simples à manier que recouvrer, dont la conjugaison est source d’hésitation, étant parfois confondue avec celle de verbe très courant recouvrir. La grande ressemblance de cette paire de mots en fait de véritables paronymes et occasionne des erreurs, même s’ils ont des sens éloignés.

Recouvrir a été composé en ancien français par l’ajout du préfixe re- au verbe couvrir. (Notons au passage qu’il n’existe par ailleurs pas de verbe couvrer.) Le verbe couvrir vient lui-même du latin classique cooperire (« couvrir complètement »).

Ce sens « couvrir complètement » est d’ailleurs le plus fréquent de recouvrir :

Recouvrir un mur de papier peint.
Des débris recouvrent le sol.
La neige recouvre le paysage d’un manteau blanc.

Recouvrir signifie plus rarement « couvrir de nouveau », comme le permet un autre sens de son préfixe re- :

Découvrir un objet pour l’aérer puis le recouvrir.

Au sens figuré, recouvrir signifie « cacher, masquer » :

Ses dehors rugueux recouvrent une grande sensibilité.

Il signifie enfin « s’appliquer à (plusieurs choses à la fois) » :

Ce nom vernaculaire recouvre un grand nombre d’espèces.

La confusion entre recouvrer et recouvrir vient de ce que ces verbes ont des formes conjuguées identiques à certains temps, mais différentes à d’autres temps. Il y a identité de forme au présent de l’indicatif, du subjonctif et de l’impératif, de même qu’à l’imparfait de l’indicatif et au participe présent. Par exemple, au présent de l’indicatif :

L’ouvrier injustement renvoyé recouvre son emploi aujourd’hui.
L’ouvrier embauché recouvre le mur de papier peint.

En revanche, en plus de l’infinitif présent, les formes diffèrent notamment au passé simple, au futur simple et au conditionnel présent :

L’ouvrier injustement renvoyé recouvra son emploi.
L’ouvrier embauché recouvrit le mur de papier peint.

Il recouvrera son emploi.
Il recouvrira le mur de papier peint.

Il recouvrerait son emploi.
Il recouvrirait le mur de papier peint.

Recouvrer et recouvrir ont des participes passés différents, qui sont respectivement recouvré et recouvert. Toutes les formes aux temps composés sont donc différentes, et on veillera à ne pas faire de méprise :

Il a recouvré son emploi.
Il a recouvert le mur de papier peint.

Pour une comparaison plus complète ou en cas de doute, on peut consulter le conjugueur d’Antidote.

recouvrement, nom ambigu


Ces deux verbes possèdent chacun dans leur famille morphologique quelques mots dérivés. Les plus courants de recouvrer sont l’adjectif recouvrable et son antonyme irrécouvrable (ne pas oublier l’accent aigu !), ainsi que le nom recouvrement. Les dérivés usuels de recouvrir sont quant à eux les noms recouvrement et recouvrage, plus rare.

On constate ainsi que le nom recouvrement possède d’une part des emplois liés à recouvrer :

Procéder au recouvrement d’une créance.
Recouvrement fiscal.
Le recouvrement de sa santé a été lent et progressif.

D’autre part, certains emplois de recouvrement sont plutôt liés à recouvrir :

Recouvrement d’un toit avec des tuiles.
Surface de recouvrement.

Le contexte permet généralement de déduire le sens de recouvrement dont il est question. Si l’on emploie soi-même le mot, on évitera des phrases ambigües. Un exemple à ne pas suivre serait :

S’assurer du recouvrement des montants en or.

À la « retrouvure » !

Cet article a été concocté par
les linguistes d’Antidote
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