Points de langue - 1 janvier 2024 - 7 min

Termes de parenté

L’arrivée de la nouvelle année, occasion de fêtes et de retrouvailles familiales, sera prétexte à un petit portrait de famille de termes de parenté, surtout du point de vue des difficultés d’ordre linguistique ou sémantique qu’ils présentent.

parenté

D’abord un mot sur le nom parenté. Il désigne d’une part la relation biologique ou juridique entre deux personnes (comme dans « liens de parenté », « prouver la parenté entre deux personnes ») et d’autre part l’ensemble de ces personnes, considéré abstraitement (« membres de la parenté »).

Il existe en outre un emploi de parenté qui est bien vivant chez les Québécois, mais plutôt inusité chez leurs « cousins » francophones, celui où le mot désigne concrètement des personnes appartenant à cet ensemble, à la famille élargie :

Inviter, recevoir la parenté pour une fête.
La parenté est arrivée en début de soirée.
Ils se sont chicanés devant la parenté.

Les ascendants

Ancienneté oblige, commençons par les patriarches.

Les grands

Tout de suite les grands mots : le terme masculin grand-père désigne soit le père du père, soit le père de la mère. Ces deux sens peuvent être distingués en utilisant respectivement les termes plus précis grand-père paternel (père du père) et grand-père maternel (père de la mère). De façon parallèle, le terme féminin grand-mère (mère du père ou de la mère) peut être précisé avec ces adjectifs.

Mais pourquoi dit-on et écrit-on grand-mère et non grande-mère? La raison en est donnée en détail dans notre Petite grammaire de grand et grand-mère. On y explique aussi pourquoi Antidote permet les deux pluriels grand-mères et grands-mères, alors que seul le pluriel grands-pères est autorisé du côté masculin. Le double pluriel vaut aussi pour deux synonymes : l’un familier, grand-maman, et l’autre vieilli, mère-grand (le phénomène d’interversion syntaxique à l’œuvre dans la forme mère-grand a aussi créé l’équivalent masculin père-grand, mais celui-ci a disparu en français classique).

Les grands-pères et grands-mères sont appelés collectivement grands-parents. Ce nom s’emploie le plus souvent au pluriel, et plusieurs dictionnaires ignorent même totalement la forme au singulier grand-parent. Celle-ci est toutefois amplement attestée dans l’usage contemporain et s’avère utile quand on veut désigner un seul individu sans égard au sexe :

L’enfant doit être accompagné d’un parent ou d’un grand-parent.

arrière

L’élément antéposé arrière sert à former les noms désignant les personnes de la génération antérieure à celle des grands-parents :

arrière-grand-père
arrière-grand-mère
arrière-grands-parents

Dans ces noms composés, l’élément arrière est invariable et l’élément grand suit les mêmes règles de flexion que pour grand-père et grand-mère :

des arrière-grands-pères
des arrière-grands-mères ou arrière-grand-mères

Pour désigner les ascendants appartenant à la génération qui précède, on répète arrière :

arrière-arrière-grand-père
arrière-arrière-grand-mère
arrière-arrière-grands-parents

On pourrait théoriquement réitérer le processus indéfiniment et empiler les arrière pour atteindre les plus hautes branches de l’arbre généalogique, mais le confort de lecture commande en pratique de se limiter à une seule répétition.

aïeuls ou aïeux ?

Le français dispose aussi du mot aïeul et de ses dérivés pour désigner les grands-parents et les générations qui précèdent :

aïeul et aïeule (grands-parents)
bisaïeul et bisaïeule (arrière-grands-parents)
trisaïeul et trisaïeule (arrière-arrière-grands-parents)

Attention au masculin pluriel des mots de cette série :

aïeuls
bisaïeuls
trisaïeuls

Ne pas confondre aieuls et aïeux, forme masculine plurielle plus ancienne, mais qui s’est spécialisée depuis le xviiie siècle pour désigner l’ensemble des ascendants d’une personne, spécialement tous ceux qui sont plus anciens que les grands-parents, ce qui en fait un synonyme d’ancêtres. Dans ce sens, le singulier aïeul est rare et l’on recourt plutôt à un synonyme ou à une périphrase comme l’un de mes aïeux. Ce pluriel s’emploie aussi dans une locution interjective exprimant l’étonnement :

Mes aïeux!

Les descendants

Les petits

De façon analogue avec ce que l’on a vu pour les ascendants, on utilise les éléments antéposés petit (variable en genre et en nombre) et arrière (invariable) combinés avec fils, fille ou enfant pour former les termes désignant les descendants plus éloignés que les enfants. Par exemple :

un petit-fils (fils d’un enfant)
une petite-fille (fille d’un enfant)
des petits-enfants (enfants d’un enfant)
des arrière-petites-filles (filles de petits-enfants)
un arrière-arrière-petit-enfant (petit-enfant d’un petit-enfant)

La fratrie

Le nom collectif fratrie désigne l’ensemble des frères et sœurs dans une famille. À ne pas confondre avec son homophone phratrie, terme d’anthropologie désignant un groupe de plusieurs clans.

Contrairement à l’anglais qui dispose du nom sibling, le français ne possède pas de mot simple signifiant « membre de la fratrie » et doit souvent recourir à des périphrases comme frère ou sœur ou, au pluriel, frères et sœurs.

Ordre de naissance

Quelques termes réfèrent au rang d’un individu dans la fratrie suivant l’ordre chronologique des naissances.

Le premier enfant est l’ainé (garçon) ou l’ainée (fille), qu’on appelle aussi respectivement frère ainé et sœur ainée.

Tout enfant qui n’est pas l’ainé est son frère cadet ou sa sœur cadette. On dit aussi : le cadet, la cadette. Le terme est spécialement, mais pas uniquement, utilisé à propos de l’enfant qui suit immédiatement l’ainé. On peut aussi trouver dans ces sens le nom et l’adjectif vieillis puiné(e).

Les mots ainé et puiné sont ici écrits conformément à l’orthographe rectifiée. En orthographe traditionnelle, ils prennent un accent circonflexe sur le i : aîné, puîné.

Ainé et cadet s’emploient aussi de façon relative plutôt qu’absolue, c’est-à-dire au sens de « plus âgé » et « moins âgé ». Par exemple, si Max et Éva sont respectivement le troisième et le cinquième enfant de la fratrie, on pourra dire que Max est le frère ainé d’Éva et que celle-ci est la cadette de Max. Les adjectifs grand et petit s’emploient familièrement dans ce sens :

mon grand frère (frère ainé)
ma petite sœur (sœur cadette)

Le dernier enfant d’une fratrie est appelé le benjamin, au féminin benjamine. On peut aussi l’appeler le cadet de la famille. Au Québec, on dit familièrement le bébé de la famille, même en parlant d’un adulte.

L’ainé et le benjamin s’appellent aussi respectivement le premier-né et le dernier-né. Les deux éléments de chacun de ces noms composés sont variables en genre et en nombre :

la première-née
les derniers-nés

Ils s’emploient aussi comme adjectifs :

les enfants premiers-nés

Un enfant situé entre l’ainé et le benjamin est parfois dit du milieu :

Étude psychologique sur les enfants du milieu.
Les deux du milieu vont à l’école primaire.

Fraternité partielle

Les expressions vieillies frère germain et sœur germaine se disent parfois de personnes qui partagent à la fois le même père et la même mère. C’est habituellement dans le même sens qu’on comprend les mots simples frère et sœur, mais, à strictement parler, ceux-ci ont pour condition suffisante l’existence d’un seul parent commun.

Pour préciser qu’une personne n’a effectivement qu’un seul parent en commun, on l’appelle souvent demi-frère ou demi-sœur. Dans ces noms composés, l’élément demi est invariable :

J’ai deux demi-sœurs.

On dispose aussi d’adjectifs pour expliciter le parent commun :

frère utérin (demi-frère de même mère)
frère consanguin ou frère agnat (demi-frère de même père)

Attention à l’ambigüité des termes demi-frère et demi-sœur, qui désignent aussi parfois un enfant issu d’une autre union du conjoint de la mère ou du père dans le cas d’une famille recomposée. Il n’y a alors généralement aucun lien de parenté biologique entre les deux personnes considérées. Pour éviter la confusion, on peut aussi parler dans ce sens de frère par alliance ou sœur par alliance, termes qui, à leur tour, ne doivent pas être confondus avec beau-frère ou belle-sœur! (Voir plus loin la section Parenté par alliance.)

Autres collatéraux

Les frères et sœurs font partie des collatéraux, c’est-à-dire des personnes avec qui on partage un ascendant commun sans qu’elles soient elles-mêmes un ascendant ou un descendant. Voici les principaux termes désignant les autres collatéraux :

terme lien de parenté
oncle frère du père ou de la mère
tante sœur du père ou de la mère
neveu fils du frère ou de la sœur
nièce fille du frère ou de la sœur
grand-oncle frère de l’aïeul ou de l’aïeule
grand-tante sœur de l’aïeul ou de l’aïeule
petit-neveu fils d’un neveu ou d’une nièce
petite-nièce fille d’un neveu ou d’une nièce
arrière-grand-oncle frère du bisaïeul ou de la bisaïeule
arrière-grand-tante sœur du bisaïeul ou de la bisaïeule
arrière-petit-neveu fils d’un petit-neveu ou d’une petite-nièce
arrière-petite-nièce fille d’un petit-neveu ou d’une petite-nièce
cousin germain fils d’un frère ou d’une sœur du père ou de la mère
cousine germaine fille d’un frère ou d’une sœur du père ou de la mère
oncle à la mode de Bretagne cousin germain du père ou de la mère
tante à la mode de Bretagne cousine germaine du père ou de la mère
neveu à la mode de Bretagne fils du cousin germain ou de la cousine germaine
nièce à la mode de Bretagne fille du cousin germain ou de la cousine germaine
cousins issus de germains enfants de cousins germains ou de cousines germaines
cousins remués de germains enfants de cousins germains ou de cousines germaines
petit cousin cousin autre que cousin germain

L’élément grand dans grand-tante et arrière-grand-tante présente les mêmes particularités d’écriture que dans grand-mère. Deux pluriels sont donc possibles :

des grands-tantes ou grand-tantes

Dans l’usage courant, le terme cousin tout court est souvent employé au sens de cousin germain, comme défini dans le tableau.

Le terme pluriel cousins peut désigner de façon générique tous les descendants de personnes faisant partie d’une même fratrie. La parenté entre cousins est appelée cousinage, terme qui, par extension, désigne aussi l’ensemble des membres de la parenté.

L’expression à la mode de Bretagne présente dans certains termes du tableau précédent trouve son origine dans une façon de décrire les liens de parenté qui était autrefois courante en Bretagne.

Parenté par alliance

Outre les cousins, invitons à la fête les affins ou alliés, c’est-à-dire les conjoints et autres personnes dont le lien de parenté fait intervenir un mariage ou une union similaire. Ces liens engendrent leur propre famille terminologique, caractérisée par l’élément antéposé beau, variable en genre et en nombre.

terme lien de parenté
beau-père père de l’époux ou de l’épouse
belle-mère mère de l’époux ou de l’épouse
beau-fils ou gendre époux de la fille
belle-fille ou bru épouse du fils
beau-frère époux de la sœur ou de la sœur de l’époux ou de l’épouse
frère de l’époux ou de l’épouse
belle-sœur épouse du frère ou du frère de l’époux ou de l’épouse
sœur de l’époux ou de l’épouse
bel-oncle époux de la tante ou oncle de l’époux ou de l’épouse
belle-tante épouse de l’oncle ou tante de l’époux ou de l’épouse

Ce tableau, dont plusieurs définitions contiennent la conjonction ou, illustre combien les termes français de parenté sont souvent polysémiques. On voit par exemple que beau-frère peut désigner différents types de liens.

De nos jours, le terme bru, synonyme de belle-fille, ne survit guère que dans des variétés régionales du français, notamment au Québec. Il présente l’avantage de ne pas être ambigu comme belle-fille, dont on verra plus loin le deuxième sens.

Les deux derniers termes du tableau, bel-oncle et belle-tante, surtout mentionnés pour compléter la série, sont d’un emploi rare en pratique.

On peut aussi ajouter l’expression par alliance à un terme de parenté pour produire l’équivalent de certains termes du tableau précédent. Par exemple, oncle par alliance peut désigner l’époux de la tante (soit le bel-oncle). Celui-ci est aussi couramment appelé oncle tout court.

Tout ce « beau-monde » se complique encore si l’on y adjoint des termes relatifs aux remariages. Dans le tableau qui suit, on trouve des mots déjà vus précédemment, mais qui prennent ici un sens différent :

terme lien de parenté
beau-père ou parâtre autre époux de la mère
belle-mère ou marâtre autre épouse du père
beau-fils fils issu d’un autre mariage de l’époux ou de l’épouse
belle-fille fille issue d’un autre mariage de l’époux ou de l’épouse
frère par alliance ou demi-frère fils du beau-père
sœur par alliance ou demi-sœur fille du beau-père

Les termes parâtre et marâtre sont surannés, si ce n’est dans l’emploi péjoratif de « mauvais père » ou « mauvaise mère ». Marâtre évoquera peut-être chez certains la méchante belle-mère des vieux contes de fées. Heureusement, ceux-ci se concluaient le plus souvent par une célébration du bonheur familial :

Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.


Cet article a été concocté par
les linguistes d’Antidote

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