Nouvelles - 22 septembre 2026 - 5 min

Rédiger et traduire à l’heure de l’IAG

Partager sur Facebook
Partager sur LinkedIn
Partager par courriel
Imprimer
Partager sur Facebook
Partager sur LinkedIn
Partager par courriel
Imprimer

L’intelligence artificielle générative (IAG) bouleverse les métiers du langage. Joachim Lépine, traducteur et spécialiste de l’usage de l’IAG, en discute avec Yann Fortier, rédacteur et formateur. Les deux experts témoignent de cette transformation, constatent les dérives préjudiciables et présentent leurs meilleures pratiques.

Comment l’IAG transforme-t-elle vos métiers?

Yann Fortier (YF) : Je me souviens du premier article sur ChatGPT que j’ai lu, à l’automne 2022. J’ai su dès lors que l’IAG allait changer le monde. Elle a modifié ma façon d’aborder un texte. Je l’utilise en amont, pour l’idéation et la planification. Puis je rédige l’entièreté de mes écrits. Je retourne ensuite à l’IAG au moyen d’un agent que j’ai créé moi-même pour la révision, la correction d’épreuves et la vérification des faits. Et j’ai recours à Antidote pour l’amélioration linguistique et la reformulation.

À mon avis, nous sommes à l’âge d’or de la convergence IAG et Antidote. Mais pour bien en profiter, nous devons posséder de solides compétences rédactionnelles afin de manier les outils de façon stratégique.

Joachim Lépine (JL) : Je crois aussi qu’on doit avant tout bien connaitre son métier, savoir ce qui constitue un bon texte et développer sa pensée critique. Ça ne change pas avec l’IAG. En traduction, on utilise l’intelligence artificielle depuis 2015 environ, avec les premiers moteurs neuronaux, comme DeepL. L’IAG est ensuite apparue vers 2023 avec les grands modèles de langue (GML) et, plus récemment, avec les modèles de raisonnement (en anglais, LRM ou Large Reasoning Model). Les résultats s’avèrent souvent impressionnants. Alors, comment faire valoir notre pertinence? En misant sur notre expertise de la langue et des outils.

Quels sont les risques associés à l’IAG en rédaction et en traduction?

JL : Pour une entreprise qui se tourne entièrement vers la machine, les risques sont réels. D’ailleurs, on voit fréquemment des clients revenir vers les professionnels à la suite de plaintes liées à la traduction automatique. En médecine, par exemple, un dossier mal traduit peut entrainer des conséquences graves, voire fatales. Un article scientifique peut être refusé. Une traduction marketing qui ne reflète pas la culture du public cible peut nuire aux ventes. Les pertes en temps, en argent et en crédibilité sont alors considérables. On doit réfléchir sérieusement aux tâches qu’on délègue à l’IAG.

YF : L’être humain a une capacité de jugement, un réflexe de rigueur, une certaine objectivité de type journalistique que la machine n’a pas. En tant que rédacteurs ou traducteurs, nous sommes les remparts de la qualité du texte. Surtout, nos compétences ont la formidable capacité d’anticiper les résultats que l’on souhaite obtenir grâce à l’IAG.

JL : Nous devons mettre l’IAG au service de nos idées, non l’inverse. J’ai d’ailleurs écrit deux livres sur le sujet. Je les ai rédigés moi-même, avec mon style et mon humour. J’ai consulté Antidote pour vérifier une définition, dénicher le parfait synonyme, trouver une rime, m’inspirer des citations. J’ai aussi sollicité l’IAG pour insérer un chapitre au bon endroit. Mais je n’ai pas demandé à une machine d’écrire à ma place.

Rappelons que l’IAG ne fait que reproduire ce qui existe déjà. Et c’est diffusé à profusion. Quand tout le contenu se ressemble, ça crée du bruit, et le message ne passe plus vraiment.

YF : C’est là un grand risque pour les organisations qui souhaitent que le public adhère à leur message. Pour éviter cette saturation, elles devraient miser sur la qualité et l’authenticité des communications plutôt que sur la quantité.

JL : L’authenticité du facteur humain va toujours ressortir du lot et susciter l’engagement.

Comment vous positionnez-vous par rapport à l’IAG en tant que professionnel de la langue?

YF : J’estime que les gens exploitent environ 15 % du potentiel de leurs outils, que ce soit Antidote ou Word. La même chose se produit avec l’IAG. C’est donc à nous d’en devenir les spécialistes pour nous démarquer.

Quand je donne des formations sur Antidote ou Copilot dans les entreprises, je leur demande si elles ont une politique d’utilisation de l’IAG. La réponse est souvent non, et c’est problématique. Tout le monde s’en sert, alors parlons-en explicitement.

JL : Il faut savoir affirmer : « Je maitrise les outils d’IAG, je connais les fonctions avancées d’Antidote, et voici comment je m’en sers d’une manière stratégique pour vous aider à atteindre vos objectifs. » Elle est là, notre valeur ajoutée.

Quelles bonnes pratiques adopter envers l’IAG?

YF : À première vue, les grands modèles de langue semblent efficaces pour écrire en langage clair, c’est-à-dire du texte facile à comprendre. Mais quand on y regarde de plus près, le champ lexical de l’IAG est plutôt restreint et, de ce fait, elle introduit beaucoup de répétitions, de lourdeurs, de mots longs et de formules génériques contraires aux principes du langage clair.

C’est ici qu’Antidote révèle sa pertinence, notamment pour son filtre de répétitions, ou encore le filtre logique pour repérer les charnières. Je pense également à ses dictionnaires de synonymes et de cooccurrences, qui aident à nuancer un propos, ou à celui d’antonymes, pour renverser les tournures négatives.

JL : Si je demande à l’IAG de corriger un texte, je perds le contrôle des changements. Je préfère lui commander une liste de suggestions d’amélioration. Ainsi, j’ignore les mauvaises — au moins la moitié — et je m’inspire des idées auxquelles je n’avais pas pensé.

Pour une vraie révision linguistique, l’IAG ne remplace pas un logiciel comme Antidote. Il est conçu pour vérifier un élément à la fois et couvrir tous les aspects de la langue, dont le style et l’écriture épicène. Antidote est un logiciel dédié à l’écriture. Il reste concentré sur le texte et offre des solutions précises et pertinentes. En revanche, l’objectif d’un robot conversationnel comme ChatGPT consiste à garder notre attention le plus longtemps possible. Plus on discute avec lui, plus il s’emmêle et risque d’introduire des erreurs.

YF : Même si l’assistant IA que j’ai créé est efficace pour vérifier les faits et relever certains types d’erreurs, Antidote demeure un complément indispensable en révision linguistique. À titre d’exemple, je ne saurais m’en passer quand j’écris des courriels à des clients — mon message doit être impeccable! J’aime les améliorations ciblées de la reformulation qui m’aident à faire bonne impression.

JL : Courrielleurs, traitements de texte, mémoires de traduction et même memoQ : l’interopérabilité d’Antidote représente un atout indéniable comparativement à l’IAG. C’est tellement de temps gagné et d’erreurs de copier-coller évitées!

Que réserve l’avenir pour les métiers de la rédaction et de la traduction?

JL : Je reste optimiste, mais pour un nombre restreint de traducteurs. Les personnes qui n’ont pas développé de spécialité ou qui ne se dotent pas d’une politique transparente sur l’IAG seront affectées. Mais celles prêtes à se réinventer, à maitriser les outils et à en parler avec confiance, qui cherchent des créneaux précis ou qui cultivent des compétences connexes, ont un bel avenir.

YF : L’IAG n’a pas encore atteint son point de maturité et elle évolue à une vitesse fulgurante. La meilleure façon de s’adapter, c’est d’apprendre à travailler avec elle, et non de lui résister. Il appartient à chacun, comme consommateur, créateur de contenu ou organisation, de décider quel usage en faire.

JL : En terminant, je mentionne qu’une conscientisation s’opère actuellement, notamment sur les plans environnemental et éthique. De la même façon qu’on essaie de manger bio et local, ou qu’on évite la mode ultraéphémère, on cherchera à consommer du contenu basé sur la création humaine. Non pas parce que la machine ne peut pas faire mieux, mais par choix identitaire. Et je suis convaincu que ce mouvement prendra de l’ampleur.

Auteur des ouvrages à succès international AI Resilient et YouGPT Before ChatGPT, dont les traductions françaises paraitront cet automne, Joachim Lépine, M. Éd., trad. a., aide les professionnels de la traduction à s’épanouir à l’ère de l’intelligence artificielle. Il a enseigné la traduction vers l’anglais à l’Université de Sherbrooke pendant 15 ans et dirigé le comité de la formation continue de l’OTTIAQ de 2013 à 2020. Président de l’École de traduction LION, il est diplômé en beaux-arts, en traduction professionnelle et en éducation. Il réalise actuellement un certificat exécutif en stratégie et innovation au MIT. Il publie également une infolettre hebdomadaire gratuite destinée aux traducteurs.

Rédacteur agréé, formateur agréé et spécialiste du langage clair, Yann Fortier accompagne depuis plus de 20 ans les professionnels de la communication. Il forme des équipes de moyennes et grandes organisations à la rédaction, à Antidote, à Copilot et à ChatGPT. Des milliers de professionnels ont suivi sa formation Antidote. Offerte en entreprise et en formule individuelle, elle favorise l’utilisation optimale des dictionnaires, correcteurs, prismes et filtres de correction du logiciel. Directeur général de l’Expo World Press Photo Montréal depuis 2012, il est aussi commissaire d’expositions photographiques et auteur de deux romans. Son expertise et ses formations sont accessibles à YannFortier.ca. Consultez son profil LinkedIn et son catalogue de formations.

Essayez Antidote gratuitement!

Commencer maintenant
Aucun résultat trouvé