Points de langue - 1er décembre 2014 - 3 min

Périodicité inusitée

Un lecteur nous écrit :

J’étais ravi de découvrir votre rubrique Points de langue et en particulier l’article sur la périodicité. Bravo. Je n’ai néanmoins pas trouvé réponse à ma question ; vous allez peut-être pouvoir m’aider. Je cherche à définir l’adjectif se rapportant à des évènements ayant lieu toutes les six semaines, soit à peu près deux fois par trimestre. Selon votre article, par déduction, j’arrive à : bitrimestriel. Pensez-vous que l’on puisse utiliser cette forme ?

Les dictionnaires ne connaissent pas le terme bitrimestriel, mais il semble que des rédacteurs aient senti le besoin d’y recourir, car on en trouve quelques attestations sur Internet, dans des expressions comme bulletin bitrimestriel ou revue bitrimestrielle. Cette forme peut se justifier, puisque le préfixe bi⁠- prend parfois la valeur de « deux fois par », comme dans biquotidien, bihebdomadaire et bimensuel, qui signifient respectivement « qui a lieu deux fois par jour », « deux fois par semaine » et « deux fois par mois ». Mais, comme le rappelle le  Point de langue mentionné, ce préfixe (de même que tri⁠-) présente l’inconvénient d’être ambigu, car il revêt parfois un sens multiplicatif de l’unité de durée de base, comme dans bimestriel (« qui a lieu tous les deux mois »). De plus, la clarté du mot bitrimestriel peut souffrir du fait que sont concaténés deux préfixes numériques d’un type différent : bi⁠- multiplie la fréquence et divise donc la durée, alors que le tri⁠- qui suit multiplie la durée.

C’est pourquoi l’on pourrait aussi envisager de recourir au préfixe semi⁠-⁠, moins ambigu, ce qui nous donne l’adjectif semi-trimestriel (le préfixe semi⁠- n’est pas soudé, mais toujours suivi d’un trait d’union : semi-conducteur, semi-automatique, etc.). Là encore, le terme est inconnu des dictionnaires, mais il est bien formé et attesté sur Internet dans des expressions comme bulletin semi-trimestriel ou  revue semi-trimestrielle.

On pourrait aussi attaquer le problème par l’autre bout : au lieu de passer par un diviseur de trimestre, faire appel à un multiple de mois. On a fait ci-dessus référence au Point de langue Adjectifs de périodicité ; dans le numéro suivant de cette chronique bimestrielle, numéro intitulé Pour tous les âges et consacré aux noms d’anniversaires et d’âges, on peut lire ceci :

Le mot sesquicentenaire est formé avec le préfixe latin sesqui⁠-⁠, qui signifie « une fois et demie » et qui entre dans la formation de quelques mots savants français. Sesquicentenaire désigne donc le « centenaire et demi », soit le cent-cinquantième anniversaire.

Puisque la périodicité « deux fois par trimestre » est équivalente à « une fois par “mois et demi” », on pourrait faire appel à ce préfixe sesqui⁠- et au suffixe -⁠mestriel pour former l’adjectif sesquimestriel, qui signifie donc « qui a lieu tous les “mois et demi” ». Cet adjectif, correctement formé et non ambigu, s’intègre naturellement dans la série des adjectifs en -⁠mestriel, qui expriment une multiplication de l’unité de durée, le mois :

adjectif périodicité
sesquimestriel qui a lieu tous les « mois et demi »
bimestriel qui a lieu tous les deux mois
trimestriel qui a lieu tous les trois mois
quadrimestriel qui a lieu tous les quatre mois
semestriel qui a lieu tous les six mois

Sesquimestriel est un adjectif rare et plutôt opaque (le préfixe sesqui⁠- n’est guère parlant pour le commun des mortels), mais le mot n’est pas totalement inusité. Il est notamment recensé dans TERMIUM, la base de données terminologique du gouvernement canadien, ainsi que dans le Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française.

Ce dernier consigne aussi comme terme synonyme l’adjectif sesquimensuel. Cette forme nous semble moins heureuse, car les autres adjectifs formés avec -⁠mensuel divisent le mois plutôt que de le multiplier :

adjectif périodicité
bimensuel, semi-mensuel qui a lieu deux fois par mois
trimensuel qui a lieu trois fois par mois

Autre perspective possible : la question de départ mentionne que la périodicité « deux fois par trimestre » est à peu près synonyme de « toutes les six semaines ». La première équivaut à 8 fois par année, la seconde à environ 8,7 fois par année. Si l’on tient à exprimer exactement cet aspect de « qui a lieu toutes les six semaines », on pourrait utiliser l’adjectif de base hebdomadaire et lui adjoindre un préfixe signifiant « six fois ». Mais les formations théoriquement possibles, du genre hexa-hebdomadaire ou sexa-hebdomadaire, ne s’avèrent pas très élégantes. Un esprit aventureux pourrait risquer un néologisme télescopé et maniable comme hexomadaire, dont la forme évoque à la fois hebdomadaire et le sens « six ». Mais le mot est étymologiquement ambigu, pouvant être interprété comme signifiant « tous les six jours », si l’on se rappelle que l’élément  hebdo⁠-⁠, qui dérive du grec heptá, signifie « sept » et qu’il existe aussi le mot quinzomadaire, qui signifie « tous les quinze jours », et non « toutes les quinze semaines ».

Récapitulons. Voici la liste des candidats examinés (avec, en gras, notre favori) :

bitrimestriel
semi-trimestriel
sesquimestriel
sesquimensuel
hexomadaire

Il devrait s’y trouver de quoi satisfaire les plus exigeants coupeurs de semestres en quatre.

Cet article a été concocté par
les linguistes d’Antidote
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